Aller au contenu principal
Accueil > News > Nouvelle acquisition du musée : Le Triomphe de l'Amour de Jean-Frédéric Schall

Nouvelle acquisition du musée : Le Triomphe de l'Amour de Jean-Frédéric Schall

Né à Strasbourg, Jean-Frédéric Schall (1752-1825) entra à Paris en juin 1772 à l’École des élèves protégés de l’Académie royale, sous la protection de Nicolas Guy Brenet, y restant jusqu’en 1777. Schall délaissa toutefois la carrière publique pour se tourner vers les amateurs privés, tels les célèbres facteurs de piano Erard qui comptèrent parmi ses protecteurs.
Stimulé par la création de Jean-Honoré Fragonard et la littérature amoureuse contemporaine, l’art de Schall est largement dominé par une tonalité galante, aux notes érotiques plus ou moins explicites, et se remarque par son exécution précieuse. Schall a aussi affectionné les images de danseuses, évoluant gracieusement dans un paysage avec une guirlande de fleurs dans les mains, où l’on a voulu reconnaître des figures éminentes de la Comédie Français et des mondanités parisienne comme la Dugazon ou Sophie Arnould. Ses inventions ont été particulièrement diffusées par des gravures colorées, notamment par Augustin Legrand et Louis-Marin Bonnet.
Sous la Révolution, Schall entreprit quelques œuvres résolument républicaines, sans se départir de ses thèmes de prédilection. Il participa également aux Salons libres de 1793 et 1798, ainsi qu’à celui de 1806 où il exposa le bouleversant tableau de Pensées sur la brieveté de la vie (Paris, Musée du Louvre), allégorie à la mémoire de sa fille Palmyre décédée en bas âge en 1804.

Le Triomphe de l’Amour relève pleinement de la maturité de Schall, où les douceurs du rocaille se mêlent à la passion antiquisante du néoclassicisme. Couché à l’ombre des arbres près d’un autel enflammé, son arc et son carquois gisant à ses pieds, l’Amour est surmonté par une délicate figure ailée, probable messager des dieux, tenant d’une main une flamme et de l’autre une couronne.
Schall évoque ainsi sous une forme particulièrement séduisante la domination du sentiment amoureux, auquel nul n’échappe, sur le cours du monde. Si la feuille porte évidemment la marque de son habituel style raffiné dans les corps menus, elle se démarque aussi par un fort souci naturaliste dans la description végétale, ainsi qu’une atmosphère particulièrement éthérée voire mystérieuse.
Le Triomphe de l’Amour se ressent en effet des nouvelles tendances esthétiques de la fin de l’Ancien Régime, alors que le néoclassicisme triomphe avec l’autorité virile du style de David. Chez Schall, il ne s’agit toutefois pas de cette Antiquité sévère et dramatique, mais plutôt d’une évocation arcadienne et lyrique du monde des Anciens, telle que l’on trouvera un peu plus tard chez Pierre-Paul Prud'hon, avec une sensibilité à l’émotion et à la nature déjà teintées de romantisme.

Outre son intérêt artistique et iconographique, Le Triomphe de l’Amour de Schall se démarque par son historique. Le dessin est en effet passée entre les mains d’Emmanuel Alfred Beurdeley dit Alfred II Beurdeley (1847-1919), qui y apposé sa marque en bas à gauche. Fils et petit-fils d’antiquaires et artisans parisiens, Beurdeley reprit brillamment le commerce familial jusqu’en 1893, année du décès de son épouse qui le décida à abandonner ses activités marchandes. Il consacra sa fortune à acquérir une collection essentiellement de bibliophilie, de dessins et d’objets d’art, mais aussi et surtout plus de 28 000 estampes, Beurdeley conservant en 1900 le fonds privés le plus considérable en France pour la gravure.
Si l’intérêt de Beurdeley le portait de la Renaissance à son époque, il se tourna plus spécifiquement vers le XVIIIe siècle galant et pittoresque, émanant du goût Goncourt, et le XIXe siècle dans toute sa diversité, du romantisme au symbolisme en passant par le réalisme et l’impressionnisme. La collection Beurdeley fut progressivement dispersée dans de nombreuses ventes, les premières dès les années 1880 portant surtout sur les objets d’art. En 1888, Alfred Beurdeley vendit sa collection de 6 115 dessins d’architecture et d’ornement à l’École centrale de dessin technique du baron Stieglitz à Saint-Pétersbourg, où ils intégrèrent le musée de l’Ermitage après la Révolution de 1917. Le reste de sa collection passa par la Galerie Georges Petit ou l’Hôtel Drouot à Paris, où furent organisées pas moins de 17 ventes de 1905 à 1921, les trois dernières après décès.
Les œuvres de la collection Beurdeley appartiennent aujourd’hui à de prestigieux musées, notamment pour les dessins et les estampes : outre l’Ermitage déjà mentionné, citons The Metropolitan Museum of Art, New York qui conserve La rêveuse parmi les dessins les plus célèbres de Fragonard et l’intégralité des 33 planches de la première édition (1816) de La Tauromachie de Goya, ou encore le musée du Louvre avec le dessin de Quatre hommes nus, assis ou un genou en terre, rompant des bâtons par Pisanello et une belle étude dessinée de Jacques-Louis David pour Les Sabines. Le musée Cognacq-Jay possédait déjà auparavant deux feuilles ayant figuré à la vente Beurdeley du 13 au 15 mars 1905, où les acquit Ernest Cognacq : Les Premiers pas de l’artiste anglais George Morland et un Portrait de jeune femme vendu comme Fragonard mais aujourd’hui relégué dans un prudent anonymat.

Accès, horaires, accessibilité

Musée Cognacq-Jay
8, rue Elzévir
75 003 Paris

Tél. : 01.40.27.07.21
Métro : Saint-Paul, Chemin-Vert, Rambuteau
Bus : 29, 69, 76, 96

Ouvert de 10 heures à 18 heures, du mardi au dimanche (fermeture de la caisse à 17h30). Fermeture le lundi et certains jours fériés : le 1er janvier, le 1er mai, le 8 mai, le 14 juillet, le 15 août, le 1er novembre, le 11 novembre, le 25 décembre.

En raison d’un manque de personnel, Le deuxième niveau est partiellement fermé au public le jeudi 27 avril.

Les musées de la Ville de Paris renforcent leur sécurité.

Nous vous remercions de bien vouloir ouvrir vos sacs à l'entrée et de montrer leurs contenus. Les bagages seront catégoriquement refusés.

Attention ! : Le musée n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite.

Sérénissime
Sérénissime ! Venise en fête de Tiepolo à Guardi
25 février - 25 juin