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L'oeuvre du mois - terre cuite de "Cybèle" attribuée à Joseph-Charles Marin

L’inscription A LA MÈRE DE TOUT devant la plinthe identifie le personnage à Cybèle. D’origine orientale, cette divinité antique était associée à la fertilité, en étant souvent présentée comme une déesse mère ou mère des dieux. Cybèle est généralement représentée assise sur un trône ou un char, accompagnée de deux lions symbolisant la nature sauvage. La composition de notre terre cuite prend peut-être pour modèle une statue en marbre de Cybèle remontant au milieu du Ier siècle, documentée au XVIIe siècle dans la collection Farnèse à Rome et réputée provenir du port antique d’Ostie, aujourd’hui conservée au Museo Archeologico Nazionale de Naples.

 

L’intérêt pour Cybèle prit une tournure particulière dans le contexte de la France Révolutionnaire et sa volonté de substituer au christianisme d’autres références religieuses, notamment païennes.  Sans être vénérée comme dans la Rome antique, la figure de Cybèle participe de l’iconographie des grandes fêtes de la décennie 1790, en particulier les cultes décadaires placés sous l’auspice de l’Être Suprême et de la Nature. De plus, l’association de Cybèle à des mystères initiatiques dès l’Antiquité trouvait un écho extrêmement favorable au sein des loges maçonniques, qui jouèrent un rôle non négligeable dans le cours de la Révolution.

Si la datation de notre Cybèle peut être située dans les dernières années du XVIIIe siècle, son attribution reste par contre sujet davantage débattue. Entrée au musée comme œuvre de Joseph-Charles Marin, auteur de terres cuites à la fois sensuelles et monumentales, la sculpture a également pu être donnée à Joseph Chinard (1756-1813), qui fut particulièrement zélé à représenter les grandes allégories révolutionnaires. C’est toutefois le nom de Marin qui prévaut aujourd’hui, en particulier par comparaison avec un buste de Cérès présenté par l’artiste au Salon de 1795, très proche du corps de cette Cybèle.

L’œuvre a subi fin 2014 un petit incident qui a provoqué un détachement du bras droit et de quatre petits fragments du reste du corps de la déesse. La restauration opérée par Anne-Laure Goron a permis non seulement de recoller ces morceaux pour assurer une cohérence matérielle de l’œuvre, mais aussi d’implanter un nouveau goujon métallique dans le bras cassé, afin de renforcer la zone de fragilité. Un léger dépoussiérage et une réintégration à l’aquarelle visant à harmoniser la couleur de la terre autour de la cassure ont achevé de redonner son intégrité à Cybèle, qui peut de nouveau trôner dans les salles du musée.

 

Texte : Benjamin Couilleaux, conservateur du patrimoine au musée Cognacq-Jay

 

 

Accès, horaires, accessibilité

Musée Cognacq-Jay
8, rue Elzévir
75 003 Paris

Tél. : 01.40.27.07.21
Métro : Saint-Paul, Chemin-Vert, Rambuteau
Bus : 29, 69, 76, 96

Ouvert de 10 heures à 18 heures, du mardi au dimanche (fermeture de la caisse à 17h30). Fermeture le lundi et certains jours fériés : le 1er janvier, le 1er mai, le 8 mai, le 14 juillet, le 15 août, le 1er novembre, le 11 novembre, le 25 décembre.

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